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Samuel Eto’o: l’exercice du pouvoir à l’épreuve du pragmatisme et de l’humanisme

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Autres temps, autres moeurs. Au perchoir de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) depuis décembre 2021, Samuel Eto’o est venu avec ses méthodes à lui. Quitte à plaire ou à se constituer un portefeuille de détracteurs. Ce qui compte pour l’ancien attaquant des Lions indomptables, ce sont les résultats.

La vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit Samuel Eto’o remonter les bretelles à l’équipe nationale de football du Cameroun qui venait de disputer son premier match de qualification pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2023. Pour le président de la Fécafoot qu’il est, il est inadmissible que cette rencontre délocalisée en Tanzanie se soit soldée par une victoire étriquée des Lions (1-0) face aux Hirondelles du Burundi.

« Je ne suis pas content du tout. Vous représentez l’équipe nationale du Cameroun. Je m’en fous de qui il y a en face de vous, vous devez faire le job. J’ai pleuré pendant des années car on manquait des Coupes du monde, mais je savais quel problème j’avais. Cela ne va pas se passer tant que je serai président (de la Fécafoot, ndlr)« , a-t-il lancé aux joueurs, devant le sélectionneur Rigobert Song.

Avant de poursuivre: « J’ai pris cette présidence pour changer les choses. Personne n’a sa place assurée dans cette équipe. Si vous voulez porter le maillot de cette équipe, vous faites le job. Sinon, vous ne venez pas, et je serai content; je jouerai avec les enfants. J’ai été à votre place pendant très longtemps. Vous vous dites que je suis un salaud, mais j’ai été le meilleur étant assis là, et je sais pourquoi j’ai raté. Je vais tout vous donner, même ma vie pour vous mettre dans les meilleures conditions. Mais quand on vient, c’est le Cameroun. Il n’y a rien de plus beau. Je donnerais ma vie pour ce pays. J’y arriverai avec ou sans vous. Si vous voulez être du voyage, il va falloir vous bouger. Personne n’est assuré d’être au mondial. Et si c’est ce que j’ai vu aujourd’hui, personne n’y sera.« 

Une communication bien théâtralisée

On aurait pensé que la vidéo de cette séquence est peut-être tombée dans de mauvaises mains. Au contraire, c’est une opération de communication bien préparée. En témoignent le micro baladeur que porte Samuel Eto’o et la publication de la vidéo avec le logo de la Fédération camerounaise de football.

En clair, Samuel Eto’o savait bien ce qu’il faisait et pourquoi. Et comme pour débarrasser Rigobert Song du poids de la gêne qu’il pourrait ressentir devant ses poulains, le président de la Fécafoot a bien pris le soin de taquiner son ancien capitaine du bout du coude, arrachant un petit sourire à ce dernier ainsi qu’à tout le groupe, dans cette atmosphère qu’on imagine bien lourde.

Une sortie diversement appréciée

On le sait tous, Samuel Eto’o et la réussite font corps. Impossible donc de supposer la moindre compromission de sa part avec l’échec. Pour cela, l’ancien buteur du FC Barcelone, formé au Real Madrid, passé par Majorque, l’Inter Milan, le FK Anji Makhatchkala ou encore Chelsea FC, est prêt à se sacrifier pour mettre sur orbite l’équipe nationale du Cameroun qui semble avoir pris une trajectoire sinusoïdale depuis quelques années.

Depuis son élection à la présidence de la l’instance dirigeante du football camerounais, Samuel Eto’o fait les choses autrement. Après avoir réorganisé le travail à la Fécafoot, le nouveau maître des lieux a contribué à l’amélioration de l’écosystème des Lions indomptables en termes d’organisation des compétitions, notamment en ce qui concerne le paiement des primes, les plans de vols, l’hébergement etc.

Au niveau local, Samuel Eto’o a pris des dispositions qui incitent désormais les dirigeants de clubs à payer régulièrement les salaires, par l’ouverture de comptes aux joueurs.

Il a par ailleurs mis en garde les dirigeants de clubs contre le détournement des subventions de l’État. De quoi justifier une telle sortie de Samuel Eto’o?

La bonne méthode?

En tout cas, elle est diversement appréciée dans le milieu sportif camerounais. Mais, globalement, beaucoup semblent donner raison à l’ex-capitaine des Lions. « Il y a deux à trois joueurs qui pensent que l’équipe nationale c’est pour eux, ils peuvent tout se permettre (…). Le président de la fédération prend la parole, c’est pour dire à ces personnes ‘je n’accepterai pas cela dans mon équipe’ (…).Vous allez voir que les joueurs viendront la prochaine fois avec un esprit de conquérants. Quand je regardais le match contre le Burundi, j’avais l’impression que personne ne s’est battu pour sa place. Je dis bien aux Camerounais, gardez ce discours. Dans dix ans, les gens prendront cela pour exemple », a analysé l’ancien Lion indomptable Bernard Tchoutang, selon Actu Cameroun.

Pour le journaliste camerounais Jean-Claude Mbede, toujours cité par Actu Cameroun, « le discours, le ton de la colère du Président de la Fecafoot, M. Samuel Eto’o, sont largement justifiés (…) Samuel Eto’o doit cogner dur en privé et dehors garder la belle image de ‘papa’ qui encadre. »

« Merci Me Eto’o. Le message a été compris. Mes coéquipiers et moi allons tout faire pour donner le meilleur de nous », a tweeté Karl Toko Ekambi, l’une des vedettes de la sélection camerounaise.

Mais pour Sam Sévérin Ango, homme politique camerounais, « le discours d’Eto’o s’adressait à Aboubakar Vincent et Zambo Anguissa qui ne veulent pas lui faire allégeance (…) Que Samuel Eto’o fasse attention, ce n’est pas lui le sélectionneur des Lions Indomptables.  Le vestiaire c’est pour l’entraineur. »

Pragmatisme et humanisme sont-ils incompatibles?

Par cette rhétorique de fermeté, Eto’o veut s’imposer comme un dirigeant qui ne badine pas avec le travail bien fait. Normal! Car le Cameroun, c’est « le Brésil d’Afrique » en matière de football. Après tout, c’est le pays de Roger Milla, Joseph Antoine Bell, Patrick Mboma, Samuel Eto’o pour ne citer que ces légendes du cuir rond! Pour autant, le pragmatisme qui constitue l’ADN du fonctionnement du président de la Fécafoot ne pourrait-il pas faire bon ménage avec un peu d’humanisme qui place la personne humaine et son épanouissement au-dessus de toutes les autres valeurs? Entendons-nous bien, Samuel Eto’o ne méprise pas la personne humaine. Loin de là! Mais, en ramenant les heures de gloire du football camerounais à son « moi », Samuel Eto’o semble, à l’analyse, passer par pertes et profits les belles pages de ce football qui ont été écrites aussi par Bill Tchato avec ses 58 sélections, Patrick Mboma auréolé de 32 buts avec les Lions indomptables, ou Rigobert Song, le joueur le plus capé de la sélection camerounaise, tous présents au vestiaire la dernière fois.

Remobiliser ses troupes est une prérogative, voire un devoir sacré pour tout bon leader. Et chaque dirigeant a ses méthodes pour galvaniser les siens. C’est ce que Samuel Eto’o a fait. Mais en choisissant de filmer la scène et de la publier ensuite, la sacralité du vestiaire des Lions semble avoir été violée. Le linge sale aurait dû être lavé au sein de la famille des Lions.

« Humanisme et pragmatisme ne sont pas incompatibles« , a rappelé récemment Christophe Castaner qui se prononçait sur la politique migratoire de la France. Cela est valable dans le football aussi.




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