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Togo/Agbéyomé Kodjo : « la question n’est pas de savoir si j’ai changé ou non »

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Candidat unique des Forces Démocratiques, désigné par Mgr Kpodzro, l’ancien Premier ministre togolais sous le règne du feu Gnassingbé Eyadéma, Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo est appelé à offrir au peuple togolais, ce dont il aspire depuis des lustres : l’alternance au sommet de l’Etat. Toutefois, l’antidote trouvé par le vieux prélat pour mettre fin au long règne des Gnassingbé, s’avère « une pilule très amère » à avaler par ce peuple qui éprouve le désir de respirer le vent de l’alternance et de la démocratie. Et ceci parce que le candidat sur lequel est porté le choix de l’homme de Dieu, traîne derrière lui, des casseroles qui n’ont jamais cessé de faire du bruit dans les oreilles de ses concitoyens.

Interrogé sur son passé dans un entretien de nos confrères d’Afrika Stratégies France, le désormais opposant Agbéyomé Kodjo estime que la question de l’heure n’est pas de savoir s’il a changé ou non. Le président de la formation politique d’essence socio-libérale – MPDD – invite « ceux qui adoptent certaines positions visant à nuire à l’unité de l’opposition à regarder devant, à regarder la détresse des populations ».

Pourquoi les Togolais ont-ils du mal à avoir confiance à Kodjo ?

S’il y a bien une personne parmi tant d’autres à avoir œuvré pour faire asseoir le régime actuel, dont le règne du père en fils dure depuis plus d’un demi siècle, c’est bel et bien Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo.

Compétent, intelligent et influent, l’homme de Tokpli a servi le régime RPT, en tant que ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture ( décembre 1988 – septembre 199 ); ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité (septembre 1992 – février 1993); directeur général du port autonome de Lomé à partir de février 1993 et pendant six ans durant, président de l’Assemblée nationale ( juin 1999 – 2000 ), Premier ministre ( 29 août 2000 ).

Le 30 août 2001, Kodjo a déclaré que la Constitution devrait être modifiée pour permettre à Eyadéma de briguer un troisième mandat en 2003 avant de rentrer ensuite en conflit avec ce dernier et d’être démis de ses fonctions de Premier ministre le 27 juin 2002, apparemment en raison de divergences au sein du RPT d’alors.

Exilé en France, il ne retournera au bercail que le 8 avril 2005 qu’àprès le décès d’Eyadéma. Mais, notons que l’homme politique, depuis qu’il est rentré en discorde avec le régime, est devenu un opposant farouche et dénonçait les mauvaises pratiques de son ancien camp. N’empêche que Kodjo, alors opposant, a ensuite pris des positions contradictoires – pour ou contre – le système en place.

« Si le prix de la limitation du nombre de mandats présidentiels est d’accepter que le Président en exercice puisse rempiler pour un dernier mandat, pour ce qui concerne l’homme politique que je suis, je l’accepte volontiers », avait déclaré Agbéyomé le 8 décembre 2014.

Par ailleurs, Agbéyomé a toujours été accusé d’avoir ordonné la tuerie du 25 janvier 1993, le massacre de la Place Fréau Jardin. Des accusations que l’opposant a toujours balayées du revers de la main.

Faire violence pour accepter le renouveau que propose Mgr Kpodzro, la bonne recette pour l’alternance au Togo

La seule chose sur laquelle l’ensemble de la classe politique de l’opposition togolaise reste unanime, c’est d’offrir en 2020, l’alternance à la population, qui en a été privée depuis plus d’un cinquantenaire. « Comment ? » Voilà la grosse interrogation.

En effet, pour le bonheur et l’intérêt de cette population dont chaque parti politique se veut chantre, tout sacrifice à des fins utiles a sa raison d’être.

Et si rien ne peut être obtenu sans sacrifices, nombre de partis et organisations de la société civile ont accepté de se faire violence pour accepter prendre la recette de Mgr Kpodzro. Au rang de ceux ci, figurent la CDPA, le ‘Togo Autrement’, la coalition des Rassembleurs, Les Démocrates Socialistes Africains et autres.

Bien que critiqué et rejeté par une frange de la population et de la classe politique, la solution proposée par l’archevêque émérite de Lomé, de porter Agbéyomé Kodjo candidat unique de l’opposition, s’avère la meilleure selon quelques acteurs. Ceci pour plusieurs raisons : pour avoir longtemps contribué à l’enracinement du régime en place, il n’y a meilleur que cet ancien baron reconverti en opposant pour avoir connu le parti au pouvoir. Donc, saura comment mettre ses plans en déroute.

Par dessus tout, le serviteur de Dieu propose une stratégie jamais adoptée par l’opposition – les précédentes ayant connu des échecs – : rassembler toutes les forces et affronter l’adversaire avec un candidat unique de toute la classe politique de l’opposition sans exception aucune.

 » Mgr Kpodzro a trouvé l’antidote contre l’enchantement sous lequel gît notre peuple, qui vit sous une dynastie autocratique depuis 53 ans... Les protestations suscitées par le choix de M. Agbéyomé Kodjo par Mgr Fanoko Kpodzro sont la preuve qu’une tradition a été bousculée, que des habitudes lointaines ont été touchées. M. Agbéyomé Kodjo, le candidat de Mgr Kpodzro répond à la caricature de ces anciens notables du Roi, qui connaissent les faiblesses du Palais royal et peuvent les utiliser pour supprimer la monarchie. Ce profil, il est indéniable qu’on ne pourrait pas le posséder sans qu’on ait offensé les autres », semble convaincu Fulbert Attisso, le président du parti « Togo Autrement ».

 » La question n’est pas de savoir si j’ai changé ou non, il est temps d’espérer « 

Si beaucoup ont salué la démarche du vieux prélat, celle de choisir un candidat unique pour représenter l’opposition au scrutin présidentiel du 22 février prochain, il y en a bien qui n’ont toujours pas digéré que le choix de ce candidat soit porté sur l’ancien cacique du pouvoir.

Pourquoi ?

Il faut reconnaître que beaucoup ne croient toujours pas que M Kodjo ait véritablement changé. Interrogé sur la question, le concerné estime que l’heure n’est plus à ce débat.

 » La question n’est pas de savoir si j’ai changé ou non. Je regrette certains actes et certaines positions qui ont pu nuire à l’unité de l’opposition. J’en ai tiré toutes les leçons. À cet égard, je n’ai de cesse de demander pardon aux Togolais. Mais considérez que ma personne n’est pas un enjeu, regardez devant, regardez la situation de notre pays, regardez la détresse des populations. Par ailleurs, puis-je vous rappeler que l’histoire du Togo retiendra qu’en 2002, alors que j’occupais l’important poste de -Premier Ministre- donnant libre cours à mes convictions démocratiques, j’avais fait publier dans la presse nationale une Tribune que j’avais intitulée : -Il est temps d’espérer-. Cet acte à tout le moins hardi à l’époque, signa ma démission, ma descente aux enfers et je m’exilai en France. Voyez-vous moi, j’ai eu à l’époque, le courage et l’audace de poser à visage découvert et en fonction, un acte politique fort en privilégiant mes convictions démocratiques à une ambition politique, à des privilèges de fonction ou à un confort matériel. Chacun devra utilement s’en souvenir. En l’état, convenez de ce que je suis crédible politiquement « , a affirmé le candidat unique des Forces Démocratiques, Agbéyomé Kodjo.

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